CENT ANS DE SOLITUDE

Gabriel Garcia Marquez

CENT-ANS-DE-SOLITUDE

« Un après-midi, alors que tout le monde faisait la sieste, elle n’y tint pas plus et alla jusqu’à sa chambre. Elle le trouva en caleçon, éveillé, étendu dans son hamac qu’il avait suspendu aux grosses poutres avec des câbles dont on se sert pour amarrer les bateaux. Son extraordinaire nudité, toute tarabiscotée, l’impressionna si fort qu’elle se sentit envie de rebrousser chemin. « Pardon, dit-elle pour s’excuser : je ne savais pas que vous étiez là. » Mais elle parla à voix basse afin de ne réveiller personne. « Viens ici », lui répondit-il. Rébecca obéit. Elle s’arrêta tout près du hamac, suant de la glace, sentant ses boyaux se nouer, tandis que José Arcadio, du bout des doigts, lui caressait les chevilles, puis les mollets, et bientôt les cuisses, en murmurant : « Ah petite sœur, ah petite sœur ! » Elle dut faire un effort surhumain pour ne pas rendre l’âme quand une force cyclonale la souleva par la taille d’une manière étonnamment régulière, la dépouilla de ses effets intimes en deux temps trois mouvements et l’écartela comme un oisillon. Elle eut le temps de remercier Dieu de l’avoir fait naître, avant de s’abandonner, inconsciente, au plaisir inouï de cette douleur insupportable, dans le marécage fumant du hamac qui absorbait comme papier buvard l’explosion de son sang.

Trois jours plus tard, ils marièrent à la messe de cinq heures. »

Extrait sélectionné par Dan Nisand

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